Raconter

Le moment pour écrire son vécu

Accepter de se livrer pour en faire un livre. Y graver les moments forts de sa vie. Et peut-être ainsi imprimer la mémoire de ses proches. Inviter surtout la sienne à se replonger loin. Très loin. Faut-il être d’un certain âge pour prétendre réaliser sa biographie ? Pas si sûr, il y en a qui traversent jeunes les épreuves et qui souhaitent témoigner. Mais nul besoin pour autant d’avoir eu une existence ardue. Il me semble qu’il faut avant tout ressentir la nécessité de dire. Avoir envie de refaire la route qui nous a menés ici et maintenant. Observer avec les yeux du présent les carrefours en étoiles et pourquoi pas sourire devant les microdécisions qui ont parfois tout fait basculer. Avancer, dérouler le fil, patiemment. Se remémorer et revivre un événement du passé qu’il soit amer ou incandescent. Chacun, chacune, peut adopter ce regard intérieur. Et de là peut-être naîtra un élan : l’envie de partager ses expériences avec sa famille voire avec des inconnus (si le livre est publié hors du cercle familial).

Écrire une biographie, c'est surtout écouter

La première biographie que j’ai écrite il y a quatre ans a été une révélation. Je retrouvais le plaisir journalistique d’interviewer une personne sauf que c’était chez elle et non au café ou dans un cadre professionnel. Plus besoin de devoir s’emparer en un temps record d’un sujet complexe. Plus de peur du contre-sens, mais une quête de tous les sens. Aménager de la place en soi pour être pleinement à l’écoute, créer un espace bienveillant et y recueillir humblement le goutte-à-goutte de la mémoire, voilà ce que doit faire pour moi un bon biographe. Cette intensité de présence à l’autre permet d’être le témoin chanceux du déploiement d’une vie qui s’écrit.

Réveiller la machine à souvenirs

Pour commencer, il faut réactiver les souvenirs, revigorer les anecdotes. Souvent, on ne sait par où commencer. Qu’importe, puisque la matière des mots sera retravaillée. En ne se focalisant pas sur la chronologie, on laisse s’épanouir la spontanéité. Parfois le rire survient. Ou un silence s’installe et une émotion passe… Pudeur. Empathie. Une biographie prend du temps, surtout quand on attache de l’importance à la qualité du texte. Pour moi, un long travail d’écriture est requis après chaque entretien afin que s’emboîte chaque pièce du puzzle. Les souvenirs ayant leur propre logique d’apparition et de disparition, il faut les agencer pour qu’ils intègrent en douceur la structure du récit. Mais il est nécessaire aussi d’enlever les répétitions et de veiller à garder la dimension vivante de l’oral tout en évitant un style trop familier. Ainsi, je lis et relis, réécris encore et encore, ce qui diffère grandement du simple travail de transcription.

Combien de temps prend l'écriture d'une biographie ?

Au départ, il y a une rencontre. Il est important que biographe et « biographié » se reconnaissent en quelque sorte. Qu’il y ait entente et  confiance mutuelle. Si c’est le cas, le rythme de travail est souvent d’un ou deux entretiens par mois. Sachant qu’une séance d’une heure représente quatre à cinq heures d’écriture, ce qui correspond généralement à cinq à sept pages rédigées (en format A4), il faut compter une dizaine d’heures d’entretiens pour une biographie. Cependant, il est possible de choisir une formule plus légère où le récit se concentrera sur une période définie. Durant l’entretien, je prends des notes de façon littérale pour conserver les expressions, le vocabulaire, la façon de parler du « biographié » et garantir ainsi un effet d’authenticité. Votre vie est écrite à la première personne, le livre doit vous ressembler !

Le déroulement d'une séance avec un biographe

Chaque séance commence par la lecture de ce que j’ai écrit suite au précédent entretien. L’occasion de vérifier l’absence d’erreurs dans l’orthographe des noms ou de demander quelques éclaircissements. Ce moment introductif, qui n’est pas décompté, réenclenche par ailleurs le processus de narration.

Le « biographié » peut décider de mettre un terme à la collaboration à tout moment. Le contrat signé préalablement le stipule et contient également une clause de confidentialité. N’hésitez pas à me contacter pour toute information complémentaire ou précision concernant mes tarifs. Je réside à Nantes, mais il m’est possible de me déplacer dans les régions avoisinantes.

Récit biographique, histoire de ses ancêtres, témoignage

Extraits choisis de biographies réalisées par mes soins

Durant la guerre, la période était moins faste mais nous n’avons manqué de rien. Je me rappelle mes rencontres avec les Américains. C’était en 1945, j’avais 11 ans. Ils m’adoraient car j’étais mince et blonde aux yeux clairs. Une pin-up en herbe ! Pour répondre à leurs regards flatteurs, je baragouinais, sûre de moi, un anglais plus qu’approximatif. Ils me souriaient en retour depuis leurs jeeps militaires. J’avais la cote car je revenais à chaque fois victorieuse à la maison, des étoiles du drapeau américain dans les yeux et des chocolats et des chewing-gums plein les poches.

Les méthodes d’éducation étaient basées sur les châtiments corporels. Comme j’étais gaucher et qu’à l’époque, c’était interdit, les frères essayaient de me convertir à la « religion » de la main droite en m’infligeant des coups de règle sur les doigts à chaque fois que j’écrivais de la mauvaise manière. C’étaient des moments terribles, mais je restais relativement content de mon sort, car, dans la classe voisine, le frère était encore plus sévère et nous entendions régulièrement des hurlements et des pleurs. Aussi, se considérait-on comme bien traités… Malgré ce régime spécial gaucher, parfois, le naturel revenait. Et je me remettais à écrire à l’envers comme Léonard de Vinci. Un jour, en guise de punition, une plume métallique Sergent-Major a traversé en un éclair ma main fautive. Il va de soi que je n’ai plus jamais écrit de la main gauche ! 

Le château, face au village, était mon autre terrain d’exploration préféré. La vue y était grandiose. J’adorais dérober les restes de cet édifice du XIIe siècle comptant quatre tours. Dans ce décor idyllique, nous avions notre guerre des boutons ! Ma fidèle petite bande se battait contre celle du fils du docteur. L’apogée de ce « conflit » fut la prise d’assaut de la terrasse du vénérable médecin, transfigurée pour l’occasion en forteresse. Nous grimpions vaillamment, épées de bois entre les dents, tandis que les défenseurs, en guise d’huile bouillante, nous déversaient de pleines bassines d’eau froide, ce qui rendait nos chaussures glissantes et nos prises bien moins assurées. Ayant pénétré sur la terrasse, mon armée s’engagea alors dans une courte bataille dont les principales victimes furent les pots de fleurs. La terre répandue se mélangea à l’eau et la boue gagna vite nos vêtements. Rapidement, conscient de l’ampleur du désastre, j’ordonnais une retraite qui donna à nos adversaires l’impression d’une victoire totale, dont ils ont gardé la mémoire aujourd’hui. Victoire définitive aussi car la paix, même sans signature ni condition, ne fut jamais rompue…

Je garde en moi le souvenir iodé des plages d’Agadir. Les grandes vacances, nous partions à dix heures pour ne revenir que sept heures plus tard. Sans crème, sans casquette ni lunettes. Avec juste un sandwich et un peu d’eau. Quelquefois maman apportait des demi-baguettes croustillantes nappées de beurre et de confiture que nous dévorions. Le premier jour, évidemment, nous étions complètement cramés ! Et nous nous tartinions avec soin d’huile d’olive à notre retour. Mais le lendemain, on recuisait ! À la fin de l’été, nous avions la peau café au lait. Le chemin jusqu’à la mer était long, il fallait faire avec la chaleur accablante que recrachaient les cailloux sur le chemin. Mais rien ne nous arrêtait.

L’avantage de cette école était que chaque étape du cursus était validée par un stage de longue durée durant les vacances. En première année, j’en ai suivi un dans une usine de compresseurs en Seine-Saint-Denis. On travaillait quarante-huit heures par semaine de six jours, et j’étais sur le pont dès sept heures du matin. J’y allais en mobylette. Au bistrot, qui trônait en face de l’usine, les ouvriers étaient  déjà au café-calva. Pour la journée, chacun d’entre eux  apportait entre deux et quatre litres de vin ! Le travail était extrêmement dur et, le soir, j’étais tellement fatigué que j’allais me coucher immédiatement. Sans surprise, je me révélais un ouvrier désastreux. Je ratais par exemple toutes les pièces réalisées avec un tour semi-automatique. Et cette tâche devenait vite douloureuse parce que, s’achevant toujours à la perceuse et sans gants, les copeaux me brûlaient la main. À l’usine, tout le monde était communiste. Sauf un magasinier socialiste qui, de ce fait, était la risée de tous. Pour eux, c’était comme un bourgeois !

À cette époque il n’y avait déjà plus que 500 habitants et trois cafés. On y buvait joyeusement et un accent chantant digne de celui de Marseille faisait tinter les verres. À 10 ans, les habitués me servaient sans hésiter des canons limonadés (un mélange sucré de vin et de limonade), que j’étais fier d’avaler sans ciller. Je me souviens aussi des parties de pétanque qui occupaient les après-midi, des vieux assis sur les bancs, inlassables commentateurs – en patois – de faits et gestes. Il y avait des jeunes aussi. En fait, tout ce que le village comptait d’âmes se retrouvait à un moment de la journée ou de la soirée sur cette place. De part et d’autre, comme pour mieux assister au théâtre du quotidien, trônaient les maisons des grands bourgeois. Il n’y avait pas de voitures. À peine quelques mobylettes et des camions de fermiers. Les abattoirs officiaient au cœur même du bourg, ce qui est impensable aujourd’hui au regard des conditions d’hygiène ! Le sang se faufilant dans les rigoles était goulûment lapé par les chiens dont les moustaches et les babines rougissaient à vue d’œil… Une fois par semaine, l’un des cafés se transformait en cinéma. Quel moment magique ! On y accourait, à tout âge. Les films en noir et blanc prenaient une couleur particulière. Une saveur de monde moderne qui semblait si lointain.