Mon chemin vers l’écrit

Un élan d'abord entravé

Mon histoire au départ est celle d’une vocation contrariée : « Quoi ? Une filière littéraire ? Mais il n’y a pas de débouchés !!! »  Autant à l’aise dans mes rédactions de français (matière que j’adorais) que malhabile en physique-chimie et insensible aux nébuleux problèmes de géométrie, je me destinais à faire – pourquoi pas ? – hypokhâgne. Mais écoutant les inquiets pour qui une route pavée d’écrits plombe définitivement toute une vie ( ! ), j’ai dévié de mon axe intuitif en optant pour un bac économique et social. Ce qui ne m’a pas déplu, surtout la sociologie, mais qui m’a laissée ensuite au bord du chemin, ne sachant quelle direction prendre. Quatre ans plus tard, munie du diplôme de Sciences-Po Toulouse, institution qui m’a appris et aussi déçue, j’ai obtenu une licence de sociologie. Cette dernière année d’étude s’est avérée très intéressante (c’était en fait le cursus qui m’attirait le plus après le bac). Seulement, je n’ai pas souhaité poursuivre, ne me projetant toujours pas en enseignante ni en chercheure, métiers passionnants au demeurant.

Le théâtre comme étape

Or je faisais du théâtre depuis l’adolescence et je ressentais quand je jouais, au fond de moi, quelque chose comme une évidence. La scène était l’élément où je m’épanouissais, et on m’encourageait très souvent à en faire mon métier. C’est à la faculté de sociologie (joli clin d’œil de la vie car je revenais là vers quelque chose faisant sens pour moi) que j’ai eu le coup de foudre artistique pour le Théâtre 2 l’Acte. Dès lors, avec cette compagnie notamment, j’ai pu, en devenant comédienne professionnelle, explorer plus avant les façons de dire. D’incarner les mots des autres. Ce qui a renforcé mon lien avec la littérature. J’appréciais cette pure expression de soi permettant la communion avec un public à qui l’on tente de transmettre des idées. Des émotions. Mais je ne voulais pas guerroyer et devoir « me vendre » pour pouvoir jouer. D’une façon générale, je n’aimais pas dépendre du désir des autres : metteurs en scène mais aussi programmateurs. J’ai donc décidé d’arrêter. Ce que j’ai gardé de cette profession qui a été la mienne durant neuf ans, c’est le souvenir du passage magique d’un texte de l’écrit à l’oral.

À Bruxelles, un texte fondateur

Arrivée ensuite en Belgique où j’ai rencontré dans les rues – je devais les attirer – de singuliers et attachants « personnages », je me suis mise à écrire. Sans réfléchir. Du théâtre, tiens donc ! Le fait d’être partie non sans mal de ma ville natale a nourri mon écriture (mon texte s’intitule Tu pourras toujours revenir…), tout comme ces saisissantes rencontres bruxelloises. Revenue en France pour m’installer à Paris, je suis devenue journaliste. J’avais toujours envie de contribuer à la transmission des mots, mais cette fois je comptais les puiser directement dans le réel et les faire voyager de l’oral à l’écrit. J’aspirais surtout à retourner les projecteurs pour inverser les rôles : je désirais mettre les autres dans la lumière.

Journaliste à Paris !

J’ai donc d’abord été rédactrice pigiste pendant deux ans au Nouvel Économiste ainsi que pour une revue de design, Intramuros, puis éditrice (on dit aussi « secrétaire de rédaction »). Ce métier, je l’ai exercé essentiellement au journal Le Monde durant cinq ans. Auparavant, je m’étais formée durant neuf mois à l’Ecole des métiers de l’information à Paris. L’éditeur/trice intervient sur les articles des rédacteurs. Il  les relit, les réécrit, traque les erreurs et le hors-sujet et crée aussi les titres, rédige les sous-titres et les légendes. Ce travail exigeant et rigoureux confère également un rôle de coordination, car l’on doit maîtriser à la minute près le temps ainsi que toute la chaîne de copie, c’est-à-dire les nombreux allers et retours du texte entre les correcteurs, maquettistes, iconographes et infographistes. On doit se montrer diplomate, humble mais aussi savoir convaincre quand on souhaite par exemple faire changer une photo non pertinente.

L'accordeuse de mots, à Nantes

Durant ces années au Monde à éditer notamment le supplément hebdomadaire à l’époque appelé « Culture et Idées », j’ai pu fourbir ma plume et cultiver mon sens de la formule ainsi que mon goût des mots. Aujourd’hui, j’ai quitté ce milieu difficile dont les cadences de « production » sont selon moi désormais intenables et j’ai créé en mars 2017, à Nantes, mon activité dans l’écriture.

Ma posture de facilitatrice de l’écrit me permet d’accompagner des interlocuteurs variés qui ont des besoins en contenu rédactionnel ou en réécriture tout aussi différents : particuliers, chefs d’entreprise, étudiants, chercheurs, éditeurs, collectivités locales, élus, associations… C’est cette variété de projets qui me plaît. Dans le cadre de chacun d’entre eux, j’ai à cœur de travailler à la communication la plus juste d’un propos, d’une information, d’une histoire.

Alors, ensemble, accordons-nous sur la musique des mots !

Je propose de mettre en lumière votre histoire.
Joëlle Pressnitzer, biographe à Nantes.